September 05 2010 20:44:31
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Biographie de Fichte
Biographie de Fichte.

Johann Gottlieb Fichte est né le 19 mai 1762, premier de huit enfants du tisserand Christian Fichte (1737-1812) et de Dorothea, née Schurich (1739-1813), dans le village saxon de Rammenau. Lors d’une visite dans ce village, le duc Ernst Haubold von Miltitz (1739-1774) remarqua l’intelligence exceptionnelle de cet enfant d’un milieu très modeste, qui pouvait fidèlement restituer les prêches du curé, alors qu’il n’avait pas dix ans. Ce talent incita le duc von Miltitz à prendre en charge l’instruction de l’enfant. C’est ainsi qu’après une première formation par le curé Gotthold Leberecht Krebel, Fichte entra à l’école de Meissen, puis à partir de 1774, à l’école de Pforta près de Naumburg. En 1780 il commença des études de théologie à Iéna, qu’il poursuivit en 1781 à l’université de Leipzig. Il suivit également des cours de droit à Wittemberg. En 1784, Fichte dut toutefois interrompre ses études par manque de moyens financiers, par suite du décès de son protecteur le duc von Miltitz.
Dans les années de privations qui suivirent, Fichte gagna sa vie somme précepteur, et ce tout d’abord dans la famille Ott à Zurich, en 1788. Il y fit la connaissance de Marie Johanna Rahn (1755-1819), sa future femme. En 1790, il retourna à Leipzig et étudia les trois Critiques de Kant. Comme l’attestent de nombreuses lettres, Fichte se sentit « transporté dans un monde nouveau » par cette lecture, et en particulier par la Critique de la raison pratique. Malgré sa situation économiquement difficile, il vécut cette période comme « les jours les plus heureux ».
En 1791, Fichte partit pour Varsovie, afin d’être à nouveau précepteur. Mais il démissionna rapidement de ce poste et décida de rendre visite à Kant à Königsberg afin de solliciter un prêt. Pour éveiller l’intérêt de Kant, il rédigea en quelques semaines l’Essai d’une critique de toute révélation. Kant ne lui obtint pas le prêt espéré, mais il recommanda le texte à l’éditeur Hartung. Cet événement fut décisif dans la carrière scientifique de Fichte. Cette publication qui parut de façon anonyme à Königsberg, et qui fut prise pour un texte de Kant, rendit Fichte célèbre d’un coup.
En 1793, Fichte rentra de Krokow, près de Danzig, où il avait un poste de précepteur dans la famille du comte Krokow, pour Zurich, où le 22 octobre 1793 il épousa Marie Johanna Rahn. En cette période, Fichte publia surtout des écrits politiques : Revendication de la liberté de penser auprès des princes de l’Europe qui l’ont opprimée jusqu’ici (1793)et Considérations destinées à rectifier les jugements du public sur la révolution française (1793). Influencé par l’enseignement de Karl Leonhardt Reinhold (1758-1823), Fichte commence en outre à travailler au développement de son propre système philosophique. Les travaux de Gottlob Ernst Schulze et de Salomon Maïmon avaient convaincu Fichte que la philosophie, « même après les travaux de Kant <…> n’a pas encore le statut d’une science ». Il était bien plutôt nécessaire qu’on développât le concept de la philosophie « à partir d’un seul principe », qui certes existait bien, mais qui n’avait pas encore été édifié. Ces travaux préparatoires de Fichte pour son nouveau système ne sont parus que de façon posthume sous le titre de Méditations personnelles sur la philosophie élémentaire ; Fichte ne communiqua ses réflexions au public pour la première fois que dans sa Recension de l’Aenesidème dans laquelle il s’opposait à l’idée de Reinhold de faire de la « proposition de conscience » le principe suprême de la philosophie.
En 1794 Fichte fut appelé à l’université d’Iéna, comme successeur de Reinhold, lequel avait pour sa part été appelé à Kiel. Comme texte de présentation à ses auditeurs, il publia Sur le concept de la doctrine de la science. A côté de ses leçons publiques, qui parurent en 1794 sous le titre de Quelques conférences sur la destination du savant, Fichte tint également des leçons privées, à partir desquelles fut publiée L’Assise fondamentale de la doctrine de la science en son entier (1794/1795), première présentation du nouveau système de la philosophie qu’il voulait édifier, et qu’il distribua à ses auditeurs sous forme de fascicules. Dans les années qui suivirent, Fichte fit paraître coup sur coup, entre autres, Précis de ce qui est propre à la doctrine de la science au point de vue de la faculté théorique (1795), les Fondements du droit naturel suivant les principes de la science (1796), l’Essai d’une nouvelle présentation de la doctrine de la science (1797/1798) et finalement le Système de l’éthique suivant les principes de la doctrine de la science (1798).
Le succès de Fichte – Reinhold lui-même affirma être devenu partisan de sa doctrine de la science, - et sa vie privée (naissance de son fils Immanuel Hermann – 1796-1879) furent toutefois troublés alors par des calomnies et des différends avec des organisations estudiantines et avec les autorités ecclésiastiques. Cela conduisit Fichte à devoir suspendre son enseignement au semestre d’été 1795. En 1798, le conflit s’intensifia jusqu’à devenir ce qu’on appelle couramment la « querelle de l’athéisme », laquelle motiva la révocation de Fichte.
En 1799, Fichte partit pour Berlin où il assura un enseignement privé. En ce temps de changement et d’incertitude, qui correspond à la rupture de Fichte avec Reinhold et Schelling, et à son éloignement d’avec Jacobi (1743-1819), ainsi qu’à la déclaration de Kant comme quoi celui-ci tenait la doctrine de la science « pour un système totalement intenable », Fichte publia La Destination de l’homme (1800), L’Etat commercial fermé (1800), et le Rapport clair comme le jour adressé au grand public sur le caractère propre de la philosophie nouvelle (1801). Il travailla en outre à un Nouveau remaniement de la doctrine de la science en 1800, qu’il fit suivre en 1801/1802 d’une nouvelle mouture, l’Exposition de la doctrine de la science de 1801/1802. Toutefois, il ne publia ni celle-ci ni les célèbres trois expositions de la doctrine de la science que Fichte exposa à Berlin en 1804, et auxquelles assistaient des personnalités aussi influentes que le duc de Metternich.
En 1805, Fichte fut appelé à l’université d’Erlangen pour prendre la chaire de philosophie spéculative. Après un court séjour à Erlangen, il donna des leçons à Berlin pendant le semestre d’hiver 1805/1806, qui parurent en 1806 sous le titre d’Initiation à la vie bienheureuse puis les Caractères de l’époque actuelle (1806). Les troubles de la guerre, lorsque Napoléon fit campagne contre la Prusse, empêchèrent le retour de Fichte à Erlangen, et le conduisirent à Copenhague et à Königsberg, où Fichte tint des conférences. Il reçut alors la proposition de devenir professeur à Königsberg. Par suite de la menace de Königsberg par les troupes françaises, Fichte retourna dans Berlin occupée, et fit paraître les Caractères de l’époque actuelle. Malgré les circonstances politiques, il tint en 1807/1808 à Berlin ses Discours à la nation allemande, et obtint en 1808 le statut de membre de l’Académie des sciences de Bavière. Les efforts de ces années affaiblirent cependant Fichte, qui tomba gravement malade et souffrit de paralysie et de troubles oculaires.
En 1810, Fichte publia la Doctrine de la science, présentée dans son contour général, et obtint de nouveau un poste de professeur dans la nouvelle université de Berlin, où il devint directeur de la faculté de philosophie, puis en 1811 premier recteur librement élu de cette université. Toutefois, il démissionna de ce poste après quelques mois pour des raisons de politique universitaire, parce qu’il n’avait pas pu s’opposer aux calomnies portées par certains étudiants contre un étudiant juif.
Dans ces années, Fichte travaillait aux Faits de la conscience, dont il préparait la publication, mais qui ne parurent pas de son vivant, et surtout il travaillait à une nouvelle présentation de la doctrine de la science.
Fichte mourut le 29 janvier 1814 à l’âge de 51 ans, d’une fièvre nerveuse contractée auprès de sa femme qui œuvrait comme infirmière des hôpitaux, avant d’avoir pu parachever la présentation définitive de la doctrine de la science à laquelle il se consacrait.


(Autor: Stefan Lang, Uebersetzung: Max Marcuzzi, November 2007)
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